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Ouvrir un compte bancaire aux États-Unis quand on est Français

Payer en dollars sans frais de change à chaque achat, recevoir un remboursement, régler un loyer ou une école par chèque : dès qu’on passe plusieurs semaines par an aux États-Unis, un compte américain simplifie la vie. Bonne nouvelle, on peut en ouvrir un sans être résident. La moins bonne : chaque banque fixe ses propres règles, et ce qui passe dans une agence peut être refusé dans une autre. Voici ce que dit la réglementation, ce que les banques demandent en pratique et les pièges à éviter.

Banque ou credit union : qui fait quoi ?

Aux États-Unis, on trouve deux grandes familles d’établissements.

  • Les banques : grandes banques nationales présentes dans tout le pays, banques régionales, petites banques locales (community banks) et banques en ligne. Leurs dépôts sont garantis par la FDIC, l’agence fédérale d’assurance des dépôts.
  • Les credit unions : des coopératives à but non lucratif, détenues par leurs membres. Pour y entrer, il faut faire partie de leur « field of membership » (le périmètre d’adhésion) : un employeur, une zone géographique, un lien familial ou l’appartenance à un groupe. Leurs dépôts sont garantis par la NCUA, l’équivalent de la FDIC pour les credit unions.

Dans les deux cas, la garantie standard est de 250 000 dollars par déposant, par établissement et par catégorie de compte (chiffre en vigueur en 2026). La FDIC ne pose pas de condition de nationalité ou de résidence pour cette couverture sur son site.

Côté comptes, deux produits de base :

  • le checking account (le compte courant), avec carte de débit et chéquier ;
  • le savings account (le compte d’épargne), qui rapporte des intérêts mais limite souvent les opérations.

Les documents demandés

Ce que la loi impose

Toute banque américaine doit appliquer un Customer Identification Program (CIP), un programme de vérification d’identité. Avant d’ouvrir le compte, elle doit recueillir quatre informations : votre nom, votre date de naissance, votre adresse et un numéro d’identification.

Pour une personne qui n’est pas américaine, la réglementation fédérale accepte plusieurs numéros : un numéro fiscal américain (TIN), ou le numéro et le pays d’émission du passeport, ou le numéro d’une carte d’identité d’étranger, ou encore celui d’un autre document officiel prouvant la nationalité ou la résidence et comportant une photo. Autrement dit, votre passeport français suffit du point de vue de la loi.

Pour l’adresse, la règle demande une adresse de résidence ou professionnelle. Une adresse en France est donc possible sur le principe, mais certaines banques exigent une adresse américaine.

Ce que les banques demandent en pratique

Le CFPB, l’agence fédérale de protection des consommateurs financiers, résume les pièces le plus souvent réclamées :

  • une pièce d’identité avec photo ; certaines banques et credit unions acceptent un passeport étranger ;
  • un justificatif d’adresse, par exemple une facture à votre nom ;
  • un numéro SSN ou ITIN pour un compte qui rapporte des intérêts ;
  • un premier dépôt, généralement entre 25 et 100 dollars.

Beaucoup de banques demandent aussi une seconde pièce d’identité. Et l’ouverture à distance, depuis la France, est souvent impossible pour un non-résident : prévoyez de passer en agence.

Les banques américaines demandent en général à un client étranger de remplir le formulaire W-8BEN de l’IRS. Il certifie que vous êtes une personne étrangère au sens fiscal, ce qui compte pour l’imposition des intérêts éventuels.

SSN ou ITIN : faut-il un numéro américain ?

Le SSN (Social Security Number, numéro de sécurité sociale) est le numéro que tout le monde vous demandera. Mais selon la Social Security Administration, seuls les étrangers autorisés à travailler aux États-Unis peuvent en principe l’obtenir. La même administration précise que les banques peuvent vous demander un SSN, mais que vous n’êtes généralement pas obligé d’en fournir un si vous n’en avez pas.

L’ITIN (Individual Taxpayer Identification Number) est un numéro fiscal à 9 chiffres délivré par l’IRS aux personnes qui ont une obligation fiscale fédérale mais qui ne peuvent pas avoir de SSN. Il ne donne ni droit au travail, ni statut, et ne sert pas de pièce d’identité en dehors du système fiscal. Certaines banques l’acceptent à la place du SSN.

Nous détaillons la différence entre les deux, et qui peut obtenir quoi, dans ITIN ou SSN.

En résumé :

SituationCe qui est généralement possible
Passeport seul, sans SSN ni ITINOuverture possible dans les banques qui l’acceptent, souvent en agence
Passeport + ITINPlus de banques ouvertes, comptes rémunérés possibles
Passeport + SSNAccès à presque tous les produits, en ligne compris

Les frais à surveiller

Un compte américain n’est pas gratuit par défaut. Avant de signer, le CFPB conseille de poser ces questions :

  • Monthly maintenance fee (frais de tenue de compte) : existe-t-il, et comment l’éviter (solde minimum, versement de salaire, âge) ?
  • Minimum balance : quel solde faut-il garder pour ne pas payer ?
  • Frais de distributeur : combien pour un retrait hors réseau ?
  • Frais par chèque ou par opération, frais d’accès en ligne ou mobile.
  • Overdraft et NSF fees (frais de découvert et de rejet pour provision insuffisante).

Sur ce dernier point, un vrai piège. Aux États-Unis, la banque peut payer une opération alors que votre compte est vide, puis vous facturer des frais. Le CFPB indique qu’ils dépassent souvent 30 dollars par opération, et plusieurs peuvent tomber le même jour. Pour les retraits au distributeur et les paiements ponctuels par carte de débit, la banque ne peut pas vous facturer ces frais sans votre accord explicite (l’opt-in). Si vous refusez, la carte est simplement refusée en caisse quand le solde est insuffisant. Vous pouvez changer d’avis à tout moment auprès de votre banque.

Alimenter le compte depuis la France

Le plus simple est un virement international (un wire transfer) depuis votre banque française. Il vous faudra, fournis par la banque américaine :

  • le nom exact du titulaire et l’adresse de la banque ;
  • le numéro de compte (account number) ;
  • le code SWIFT/BIC de la banque, et parfois le routing number (numéro d’identification de la banque aux États-Unis) ; demandez à votre banque lequel utiliser pour un virement venant de l’étranger.

Trois coûts se cumulent souvent : les frais d’envoi de votre banque française, la marge sur le taux de change euro-dollar, et les frais de réception prélevés par la banque américaine, parfois aussi par une banque intermédiaire. Le CFPB rappelle d’ailleurs que le montant reçu peut être inférieur à celui annoncé à cause des frais de la banque du destinataire. Comparez le taux de change proposé au taux du marché du jour, et demandez à la banque américaine le montant de ses frais de réception.

Les pièges fréquents

  • Croire que tout se fait en ligne. Sans SSN, les formulaires en ligne bloquent souvent. Prévoyez un rendez-vous en agence.
  • Ne pas vérifier les frais mensuels. Un compte qui reste peu alimenté entre deux séjours peut coûter chaque mois.
  • Accepter l’overdraft sans y penser. Refusez-le si vous ne le voulez pas.
  • Laisser le compte dormir trop longtemps. Un compte sans activité peut être considéré comme inactif, puis, après un délai fixé par chaque État, les fonds peuvent être transférés à l’État. Faites des opérations régulières.
  • Confondre compte bancaire et historique de crédit. Une carte de débit ne construit pas de credit score. Pour ça, voyez Le credit score expliqué et Obtenir sa première carte de crédit.

Chaque situation fiscale est particulière. Si vous avez des revenus aux États-Unis ou des doutes sur le W-8BEN, parlez-en à un professionnel de la fiscalité franco-américaine.

Ce qu’il faut retenir

  • La loi fédérale accepte un passeport étranger pour vérifier votre identité, mais chaque banque décide de ses propres exigences.
  • Le SSN n’est pas obligatoire pour ouvrir un compte ; l’ITIN élargit le choix, surtout pour les comptes rémunérés.
  • Vos dépôts sont garantis jusqu’à 250 000 dollars par la FDIC (banques) ou la NCUA (credit unions) en 2026.
  • Vérifiez frais mensuels, solde minimum, frais de réception de virement et refusez l’overdraft si besoin.
  • Un compte bancaire ne suffit pas pour se construire un historique de crédit.

Sources officielles

Cet article est une information générale, vérifiée à la date indiquée. Ce n’est ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal ou financier, ni un conseil en immigration. Les règles changent : vérifiez auprès des organismes cités ou d’un professionnel avant de décider.

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